Présupposés anthropologiques

ART, CULTURE ET SANTE

Partie I

INTRODUCTION:

Le déclic que je propose de partager lors de cette réflexion est celui du regard de contemplation qui nous permet d’aller d’un niveau de vision d’ensemble à celui d’une vision détaillée et ceci, dans les deux sens et de manière simultanée.

La vision d’ensemble permet de créer des liens interdisciplinaires, et ce sont ces relations qui inspirent la création et le travail de l’Association Nutrivida : Étude de la transversalité entre l’Art , la Culture et la Santé.

Une des vertus de la contemplation permet de voyager entre différents plans et différents niveaux, et c’est grâce à cette capacité qu’elle donne la possibilité de dépasser des paradoxes qui sont liés intrinsèquement à la condition humaine.

DEVELOPPEMENT:

Rester au stade de contradiction nourrit l’opposition dichotomique empêchant son passage vers le paradoxe qui lui, est capable de se dépasser pour aller vers une unité.

La peur du paradoxe c’est de ne pas reconnaître son potentiel de dépassement qui se réalise à des niveaux différents de ceux qui l’ont généré.

Le regard de contemplation permet et favorise ce saut quantique entre différents niveaux. La contradiction se joue surtout aux niveaux mental et intellectuel, et peut retrouver son stade de paradoxe ( et donc le potentiel d’être dépassé), uniquement à partir du langage perceptif promu par la conscience corporelle.

La vision d’ensemble que permet le regard de contemplation inclut la dimension corporelle et son ressenti, se rapprochant ainsi de cette conception trinitaire (quaternaire) que promouvaient déjà nos antécesseurs philosophes et guérisseurs juifs de culture hellénistique comme  l’étaient les Thérapeutes d’Alexandrie.

L’inclusion citoyenne et le respect de l’environnement que celle-ci implique –  pour parler donc d’une écologie du vivant –  nécessitent de travailler sur le paradoxe, pour le reconnaître en premier lieu et  pour l’accepter et le dépasser ensuite. C’est seulement à ce stade, que l’inclusion devient concrète et possible.

Citoyen en araméen se réfère à un habitant de la cité qui est cultivé intellectuellement, mais également spirituellement et sensoriellement.

Le regard de contemplation est très important dans cette démarche, car la contemplation s’inspire d’un émerveillement au-delà d’une critique, d’une observation précise au-delà d’un jugement, d’une sensorialité en conscience mise en action pour comprendre l’autre, et non pas seulement l’analyser. Ceci est possible surtout parce que la contemplation permet cette vision d’ensemble facilitant la relativité des partialités et permettant ainsi le dépassement des états de jugement. C’est au delà de ces états que la transformation est possible.

Ce regard de contemplation, dont l’art est le plus important des promoteurs, peut aussi devenir transversal dans le champ de la santé et de la culture.

Ces deux champs de connaissances peuvent emprunter à l’art et s’inspirer de ce regard de contemplation.

A mon avis, c’est le seul moyen d’aborder une médecine qui soit holistique et compatissante envers son et sa patient-e, car cette discipline est aussi traversée par le paradoxe.

Les paradoxes peuvent être dépassés dans la transversalité des champs de connaissances.

Bien qu’elle le prétende dans une majorité des cas, une seule discipline ne peut pas se suffire à elle-même.

La culture également établit son berceau dans le paradoxe car elle énonce des lois d’appartenances qui doivent constamment être dépassées.

La lecture d’une culture se délimite à partir des présupposés anthropologiques qui l’expliquent. Dans ces présupposés anthropologiques il y a des éléments qui sont cohérents avec le système proposé et d’autres qui sont antinomiques. Le paradoxe c’est que ces éléments en opposition jaillissent chacun de la même source.

Ceci dit, l’homme grégaire dans son identité, forme partie d’un contexte culturel à partir duquel il construit ses valeurs. Ceci lui donne un sentiment d’appartenance sur lequel il fonde ses présupposés anthropologiques à partir desquels il se définit. Ceci constitue son centre de référence. Ce centre sera plus ou moins rigide, s’il est capable de visiter les centres de références des autres – au moins à partir de la perception, et sans lâcher son propre centre.

C’est à ce niveau de perception et d’ajustement des centres de référence des autres et de soi-même que se joue l’inclusion. Visiter le centre de référence des autres pour comprendre à partir de quels présupposés anthropologiques il/elle énonce sa “vision du monde” et ses “vérités” devient un acte inclusif.

Puisque cette discipline dépasse les présupposés de tout type et se place bien au-delà de ceci, l’art constitue à mon avis, un excellent moyen pour remettre en cause ses propres références.

C’est à ce moment là qu’on rejoint l’être dans l’humain. L’humain qui rappelle à tout moment, à partir de l’art, le dépassement des cadres qui peuvent être dogmatiques.

La science dogmatique fait parfois des raccourcis, ne facilitant pas le dépassement de l’humain par l’être, dans tout le déploiement de sa conscience.

L’humain a besoin de cette dimension créative pour dépasser ses propres conditionnements, pour et en reformuler d’autres qui seront à leur tour dépassés.

La spiritualité s’exprime dans l’art également, et celui-ci se transforme en un médium qui dépasse tout cadre quand il n’est pas dogmatique.

Le paradoxe exprimé dans l’art dérange beaucoup moins que celui qui est exprimé au sein de la culture sociétale. Cela donne au paradoxe une certaine légitimité au sein de l’artistique. Dans la culture le paradoxe est beaucoup moins accepté, d’où le besoin d’énoncer à chaque fois des “lois” ou des “présupposés anthropologiques” qui le dépassent.

Dans l’art, le paradoxe est véhiculé d’une manière entièrement libre à travers l’acte de création puisque les présupposés anthropologiques qui le soutiennent peuvent se remettre en question beaucoup plus facilement.

L’art qui est relié à la culture et à la santé, fonctionne comme un catalyseur vis à vis du paradoxe. Il donne les outils nécessaires aux champs de la santé et de la culture, pour que ceux-ci puissent dépasser les paradoxes dans lesquels ils se trouvent.

Ceci n’est pas négligeable du point de vue épistémologique.  L’art en tant que donneur de ressources est indispensable pour la compréhension du paradigme de chaque être humain dans l’expression de sa singularité.

Pourquoi est-ce important de ne pas rester au seul stade d’un champ de connaissance comme celui de la santé ou de la culture mais de les imprégner par contre, de celui de l’art?

Car l’artistique résout ce que la culture et la santé ne peuvent pas résoudre par elles-mêmes.

L’art est un catalyseur, un médiateur, un amplificateur, un résonateur, une relativisation.

Le regard que propose l’art, redimensionne, réactualise, recontextualise un paradoxe pour qu’il puisse être  tout d’abord accepté pour ensuite être dépassé et donc cultiver un stade d’inclusion.

C’est au stade de l’art et de sa poésie, qu’un paradoxe peut être accepté pour ensuite être dépassé.

Le paradoxe qui est confondu avec une contradiction ne trouve pas d’issue. Tandis qu’un paradoxe qui est accepté comme tel, faisant partie des processus de l’évolution humaine, peut alors être dépassé. C’est le seul moyen pour aller vers l’inclusion.

La contradiction nourrit une dichotomie mais le paradoxe dépasse la dichotomie en se donnant les moyens d’élargir des passerelles qui l’emportent vers d’autres niveaux perceptifs tout  en le dénouant.

Le paradoxe est intrinsèque à la vie, et dépasse le statut de contradiction.

Les champs de discipline de l’art, de la culture et de la santé qui arrivent à interagir entre eux, sont le médium pour que les aspects trinitaires, que sont l’intellect, le corps et la spiritualité de l’être humain, puissent à leur tour interagir entre eux. Et ce n’est qu’à ce moment là que nous accédons à une intégration entre le corps, l’esprit et l’âme, pas essentiel pour une promotion de la santé comme le décrit la définition de l’OMS:

“La santé est définie comme un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.”

CONCLUSION:

L’art répare, régénère, restaure, révolutionne, là où les champs de la santé et de la culture sont impuissants. L’art et la créativité donnent les moyens de transformer les vécus paradoxaux.

Car l’artistique résout ce que la culture et la santé ne peuvent pas résoudre par elles-mêmes.

Sans acceptation du paradoxe et de son dépassement, il n’y a pas d’inclusion.

L’art n’est pas géré par la dichotomie comme peuvent l’être la santé et la culture. La santé qui n’est pas holistique peut être dichotomique, le soin par la parole peut être dichotomique et la culture peut donner aux individus une appartenance dichotomique.

L’art, lui, bouscule tous ces états binaires, et à la façon d’un “mixer”, il mélange tous ces ingrédients et ” quelque chose de nouveau” qui n’est plus dichotomique en ressort. Ce mélange a quelque chose d’autre, qui fait que le stade est dépassé. Par quel processus? Par quelque chose qui touche, à mon avis, au NUMINEUX, comme disait Jung.

Stéphanie Metzger del Campo

Art, culture et santé – Partie I de Stéphanie Metzger del Campo est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

ART, CULTURE ET SANTE

PARTIE II

Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l’individu, ce qui venant « d’ailleurs », lui donne le sentiment d’être dépendant à l’égard d’un « tout Autre ».

A mon tour, j’aimerais donner un exemple du numineux dans ma vie: la POÉSIE.

Par quel moyen la poésie devient-elle un élément Numineux ? La poésie est tout d’abord un appel. Un appel venant tant de l’intérieur que de l’extérieur, d’une présence du Tout Autre qui me fait m’émerveiller au monde.

La poésie est faite de mots mais aussi de gestes. Les gestes qui sont poétiques sont les gestes qui font appel à leur conscience corporelle. Et la conscience corporelle est cette présence au langage perceptif.

La conscience corporelle est ce regard tourné vers  l’intérieur de soi – qui reste en harmonie avec l’extérieur –  en favorisant cette écoute que nous avons de notre corps et de ce qui nous entoure.

Cette conscience corporelle nous amène à notre recentrage énergétique,  à partir duquel nous pouvons reconnaître nos présupposés anthropologiques.

A ce stade d’analyse nous constatons que la perception est un outil de discernement sensoriel de nos présupposés anthropologiques. La lecture énergétique peut y être appliquée. Il est important d’en tenir compte quand nous travaillons avec les paradoxes qui subsistent à l’intérieur de nos présupposés.

Nous verrons également que la perception joue un rôle important dans la recherche de relativité puisque cette vision d’ensemble et de discernement sensoriel qu’elle promeut sont à la base de l’altérocentrage. Ce dernier est “source de remises en questions” qui font avancer les questionnements et les bousculements de “vérités établies”.  La mouvance, comme le décrit la lettre MEM en araméen, est le seul chemin pour dépasser les paradoxes. L’altérocentrage est mouvance, et cette mouvance est une qualité qui se cultive également à partir de la perception et de la conscience corporelle, tout en tenant compte simultanément de son propre centre de référence. Pour cela, il est nécessaire de visiter le point de vue de l’autre à partir de la perception et non pas seulement à partir des ressources intellectuelles.

C’est à partir de ce centre de perception et de références, en accord avec notre conscience corporelle, que ce geste sera poétique. La poétique résulte donc d’une ressource contemplative importante du dépassement de la dichotomie et du paradoxe.

La poésie génère un regard de contemplation  en invitant à dépasser des niveaux de paradoxes pour aller vers quelque chose d’autre qu’est le NUMINEUX. Le numineux se nourrit-il du paradoxe? En tout cas il lui donne des ailes.

C’est à ce stade là que nous pouvons aller vers nous-mêmes et honorer le LAC LEC araméen: “Va vers toi”. Si tu peux aller vers toi, tu pourras aller vers l’autre…

L’Association Nutrivida se donne pour tâche d’accompagner et d’éveiller en chacune et en chacun la découverte du numineux de leur être. Différentes activités proposées permettent ainsi d’élargir les champs de vision  de nos présupposés anthropologiques et donc de revenir à une appartenance culturelle plus enrichie, où le paradoxe n’est plus contradiction mais opportunité de dépassement et d’élargissement d’une conscience.

Le regard de contemplation est animé par l’écoute qui en araméen se dit HECH et est le même mot pour décrire “sens de perception”. Cette archéographie linguistique révèle en nous l’importance des mots et de leurs sens. L’écoute, et ceci nous le déduisons de son sens araméen, est hiérarchiquement très importante. L’écoute qui se fait avec tout le corps.

Le numineux a besoin de la sensorialité comme passerelle vers ces stades de dépassement du paradoxe, au même titre qu’il a besoin de l’intellect et de la spiritualité. C’est dans ce sens que Nutrivida promeut l’intégration entre le corps, l’âme et l’esprit.

Une santé qui ne reste pas figée dans un cadre référentiel mais qui peut le dépasser, est une santé qui peut se relier à ses facteurs protecteurs. C’est grâce à ce lien avec les facteurs de protection que la médecine peut promouvoir des programmes de développement et non pas rester uniquement au stade de programmes palliatifs, qui eux s’inspirent d’une vision réductionniste des facteurs de risques.

Pour mettre l’accent sur les facteurs de protection, la médecine a besoin de s’inspirer et du champ de la créativité et du champ de la spiritualité. Ce n’est qu’en tenant compte des aspects trinitaires de l’être – corps, âme et esprit – que la médecine peut évoluer vers ces facteurs protecteurs.

La médecine est également traversée par le paradoxe et ce n’est que lorsqu’elle est pratiquée comme un art que ces paradoxes peuvent être dépassés.

A quoi bon comprendre que la biologie est faite également de paradoxes? A devenir plus humbles dans la conception de la toute puissance de la médecine. Ce n’est qu’en considérant les paradoxes qui la constituent que ce modèle hégémonique peut se remettre en question. Et ce n’est qu’à partir de ce moment là que le Serment d’Hippocrate reprend tout son sens.

A nouveau, l’art reprend son tandem de guérison. Car la médecine qui est pratiquée comme un art  est une médecine qui n’a pas oublié de s’inspirer du regard de contemplation. Ce regard qui traverse les différentes disciplines est la base de l’unité retrouvée et donc de l’inclusion.

L’art, en dépassant la culture, bien qu’elle s’y inscrive dans son cadre de référence, donne à l’humain ce mouvement et cet élan dont il a besoin pour exercer sa liberté. En araméen liberté se dit Herem, et la lettre Mem qui le compose symbolise la mouvance. Cette mouvance nous la retrouvons dans l’art qui est capable de bousculer des paradigmes.

La Liberté, est une condition nécessaire non seulement parce qu’elle constitue un droit humain universel, mais aussi parce que les disciplines, pour qu’elles ne deviennent pas dogmatiques, doivent bénéficier de cette liberté, de cette mouvance.

L’art, outil qui dépasse les paradoxes, connecte l’homme à une condition de plénitude de santé ce qui est un pléonasme puisque la définition de santé, selon l’OMS, est déjà porteuse de bien-être, et non pas seulement l’absence de mal-être.

Lorsque nous sommes au niveau du concept nous sommes dans des références intellectuelles et celles-ci peuvent être confrontées à la dichotomie, que l’on confond parfois avec le paradoxe. Ce n’est pas la même chose. Le paradoxe qui est confondu avec un état binaire ou dichotomique, est une perception qui ne tient pas compte des ressources qu’amène la conscience corporelle. Il s’agit d’ une perception intellectuelle incomplète. Ce n’est que lorsque nous passons au niveau de conscience corporelle que le paradoxe prend forme laissant place à une opportunité.

La paradoxe qui se confond avec dichotomie est une lecture perceptive incomplète. Il faut aller au delà de la lecture littérale, pour parcourir également la lecture allégorique et la lecture allusive. Et ce niveau, c’est la conscience corporelle qui le donne.

C’est parce que l’on reste au niveau de la dichotomie, que l’on confond paradoxe et contradiction. Quand on peut dépasser le stade de dichotomie, alors le paradoxe perd sa qualité de contradiction et passe donc à un niveau d’acceptation et de dépassement.

Le travail avec le corps est le relais à notre sensibilité, et dès lors nous pouvons dépasser le stade dichotomique potentiel inhérent à tout concept.

Stéphanie Metzger del Campo

Art, culture et santé – Partie II de Stéphanie Metzger del Campo est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.